Le déconfinement amorcé s’accompagne d’une sourde inquiétude des gestionnaires, liée à la surfréquentation vécue à la même période en 2020. Rivages de France a d’ailleurs documenté cette expérience compliquée via une enquête auprès de ses adhérents puis l’édition d’un nouveau guide pratique “Gestion des sites en période de crise sanitaire”. Mais ça ne peut s’arrêter là… 

Aujourd’hui, sans doute sommes-nous mieux mobilisés, préparés, armés pour faire front. Pour autant, des carences identifiées demeurent en termes d’information, d’organisation, de règlementation. Faute de moyens proportionnés, tant humains que financiers, le volontarisme et le système D des gestionnaires toucheront vite leurs limites

Des initiatives nationales et régionales sont certes lancées depuis 2020 afin de limiter l’impact de l’augmentation de la fréquentation dans les espaces naturels : 

  • campagnes de sensibilisation des visiteurs (Opération LITTORAL 2021 : Attention, on marche sur des oeufs ! – Groupe de travail « Gestion des flux touristiques » animé par le RREN PACA avec l’implication du Comité régional de Tourisme PACA, qui lance une campagne de sensibilisation des visiteurs des espaces naturels…) 
  • mise en place de campagnes de communication destinées à orienter les visiteurs vers des sites d’accueil secondaires capables d’absorber l’augmentation des flux 
  • adaptation des conditions d’accès aux espaces naturels : incitation à privilégier les ailes de saison, limitation voire fermeture de certaines zones au public, mises en place de navettes/transports en commun, création de parkings… 

Quand le Parc national des Calanques que je préside alerte sur les conséquences de cette surfréquentation* et lance une campagne de démarketing, d’autres territoires et parcs naturels régionaux y voient une opportunité de développement économique et touristique

* Interview en podcast RCF du 10 mai 2021 : Les calanques de Marseille victimes de leur succès

La situation impose donc de pousser nos réflexions et actions au-delà de la gestion de l’actuelle crise sanitaire, pour mettre en oeuvre des projets et des solutions pérennes répondant aux problématiques suivantes : 

  • Comment soulager les espaces naturels qui souffrent de surfréquentation ? 
  • Comment, profitant de l’engouement inédit pour les espaces naturels, saisir l’opportunité d’éduquer et de sensibiliser les nouveaux visiteurs au respect de la biodiversité ? 
  • Comment convertir l’afflux de nouveaux visiteurs en source de développement économique pour les espaces moins fréquentés et les territoires en quête de ressources complémentaires ? 

Ce à quoi on pourrait rajouter : comment mener ce travail à moyens financiers et humains constants… et limités ? En l’espèce, plutôt qu’une revendication lobbyiste ponctuelle – et très incertaine – auprès des pouvoirs publics, Rivages de France proposera bientôt à ses adhérents un accompagnement méthodologique et opérationnel spécifique. Il visera à aider au montage de projets dédiés et subventionnables. 

Au proverbe « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es », les gestionnaires pourront donc à terme substituer : « dis-moi qui et combien fréquentent tes espaces naturels et dans quelles conditions, je saurai comment tu as réussi à en maîtriser la fréquentation ! » 

Didier RÉAULT
Président de Rivages de France