Clos du Jaïb

 

Reliant Marignane à Châteauneuf-les-Martigues d’Est en Ouest, séparant l’étang de Berre au Nord de l’étang de Bolmon au Sud, le Lido du Jaï est un cordon dunaire sableux qui s’étire sur 4 km de long sur sa partie naturelle et 60 à 160m de large pour l’habitat sableux. Depuis plus de 20 ans, le Conservatoire du littoral (propriétaire) et le SIBOJAI (gestionnaire), s’attachent à protéger et gérer le site. Autrefois en déshérence, le Lido du Jaï retourne ainsi progressivement à un état plus naturel. Pour en arriver là, il aura fallu – et il faudra encore – d’opiniâtres efforts de restauration, un peu de fermeté et pas mal d’imagination. Rencontre sur le terrain avec Luc BRUN, garde du littoral et directeur-conservateur du SIBOJAI…

 

Le Lido, sans prétention, avait mauvaise réputation…

Rivages de France©Eric Dougé Communication 11.2015 (27)

À s’y promener un matin ensoleillé de novembre dernier, on ne se douterait pas qu’il y a peu, le Lido du Jaï justifiait de sa très mauvaise réputation  : à l’abandon, avec  érosion liée à la dynamique marine, dépérissement de la faune et de la flore, livré à toutes les déprédations (cabanons et déchetteries sauvages, pollution, ruines d’anciens fours à soude…) et toutes les pratiques, des plus innocentes (baignade, promenade…)  aux moins avouables (braconnage, gymkhana, « rencontres » …) voire aux plus illicites (trafics, prostitution…) !
Les choses ont commencé à changer au début des années 90, avec la création du SIBOJAÏ (Syndicat Intercommunal du Bolmon et du Jaï) pour la gestion du site acquis progressivement (720 hectares entre 1992 et 2008) par le Conservatoire du littoral. Depuis lors, le SIBOJAI a mené d’inlassables opérations de restauration, s’appuyant pour ce faire sur une équipe de trois gardes du littoral dirigés par Luc BRUN. Elle assure la gestion et la protection quotidienne des espaces naturels du site, incluant des missions de conservation et de restauration de la nature sauvage, mais aussi d’accueil, animation, éducation au respect de la nature.

 

De la sensibilisation à l’interdiction de la circulation…

Signalétique sur site
Depuis 20 ans qu’il arpente le site, Luc BRUN en connait chaque recoin et en mesure donc, non sans satisfaction, la lente mais réelle métamorphose. « Jusqu’au sept dernières années, on a tenté, en pure perte, de sensibiliser les gens. On constatait toujours plus de fréquentation, de déprédations, d’infractions, de pollutions. »
À partir de 2008, le Conservatoire du littoral étant devenu propriétaire de la majorité du site, « on a alors posé des barrières laissées ouvertes, des panneaux de sensibilisation et d’interdiction. On a expliqué sans relâche… puis on a commencé à verbaliser et on a fermé complètement le site à la circulation fin 2010 ! Il y a bien eu un peu d’actes de vandalisme et quelques menaces en réaction, mais cela a cessé dès qu’on a montré du répondant ! » Un parking écolo (40 places) a de surcroit été aménagé dans le cadre de la mise en valeur de l’entrée nord du cordon dunaire.

Ballade Lido du Jaï

Aujourd’hui, la grande majorité des problèmes qui affectaient le site ont disparu : quasiment plus de déchets, jetskis et kitesurfs sont avantageusement remplacés par de  pacifiques kayaks et paddle boards, et les visiteurs qui avaient coutume d’investir les lieux en voiture par des gens  « plus calmes »  et respectueux… Notamment des randonneurs, à pied, à vélo, le Jaï faisant partie du tracé du GR 2013 (créé dans le cadre de « Marseille-Provence capitale de la culture 2013 »). « On n’a pas simplement changé le public, mais aussi les habitudes qui sont devenues meilleures ».

 

Quand gestion et restauration riment avec participation et… ânon

La restauration, de longue haleine, a emprunté plusieurs formes. Dans les années 2000/2005, il a été procédé au rasage d’anciens cabanons « sauvages » et au désamiantage de leurs aires d’implantation. Et depuis 4 ans ont été instaurés des chantiers pluriannuels de restauration dunaire (notamment lors de la Journée du patrimoine, de la Journée mondiale des zones humides ou encore de la Fête de la nature…) basés sur l’éco-volontariat. Un travail scientifique s’est en outre engagé avec l’appui de l’Institut méditerranéen de biodiversité et écologie (IMBE), pour étudier le site avant/après, avec de nombreux aller-retour entre l’ensemble des partenaires.

 


FOCUS : Pépito, l’âne qui contribue à réparer la nature !

PépitoSemailles

 

 

 

 

 

 

« En 2012, avec l’association Graines de soleil, nous avons hersé superficiellement la couche compactée par des années de circulation, pour accélérer la revégétalisation de la dune. Originalité de l’action, elle s’est opérée par traction animale avec l’âne Pépito ! Puis ont eu lieu « les semailles du Jaï » : l’épandage de sable mêlé à des graines de deux espèces caractéristiques de la dune littorale : la camomille des plages (rampante aux jolies fleurs blanches et jaunes) et le chiendent des sables (graminée assez haute et de bonne prestance). Toutes deux ont la capacité de fixer le sable en profondeur avec leurs racines et d’abriter un peu du vent avec leurs tiges aériennes, donc d’empêcher le sable de s’envoler. Ainsi, la dune peut se reconstituer au pied de ces plantes et remonter progressivement. Sans quoi, la plage aurait fini par reculer… »
> Voir le reportage Maritima TV : Vue d’ici – Semailles du Jaï


 

Des enjeux mieux perçus, un site « mieux partagé »

FascinesIl ne s’agit là que d’un exemple parmi les nombreuses actions de sensibilisation au fonctionnement de l’écosystème dunaire et de la laisse de mer, et autres chantiers participatifs de restauration écologique : ramassage de déchets, pose de fascines naturelles sur la dune pour fixer le sable et favoriser le retour de la flore littorale qui accroit son stockage, limitant ainsi l’érosion… Avec des résultats mesurables : « On a gagné environ 5 m sur les hauts de plage, les zones fragilisées se cicatrisent progressivement. »

 

 

BalladeLes progrès  sont également probants en termes  de prise de conscience croissante des enjeux de gestion et de protection par la population. « Les participants bénévoles à nos actions relaient le message, ça fait boule de neige ! Et avec les différents usagers, même si ce n’est pas facile, on se connaît depuis longtemps, donc on arrive à faire des choses ensemble et ça avance dans le bon sens. En cette période, auparavant, on n’entendait que les chasseurs. Pour l’heure, nous n’avons pas relevé un seul coup de feu. Du coup, les oiseaux farouches le deviennent moins et reviennent.  Par exemple,  on a récemment observé un crécerelle qui chassait à 20 m de nous, ou encore des aigrettes venant manger à 30 ou 40 m du rivage devant notre bureau. Ce sont de bons indicateurs… »

 

EnfantsCertes, le changement positif qui s’opère génère de nouvelles préoccupations : l’afflux de promeneurs n’est pas sans déranger les oiseaux qui réinvestissent désormais le site ! Philosophe, Luc BRUN conclut :  « La nature n’est pas totalement gagnante, mais on arrive à mieux partager le site entre biodiversité et diversité d’usagers. » Plus sensibles que leurs aînés aux problématiques liées à l’environnement, les enfants qui visitent aujourd’hui le site hériteront donc d’un Lido du Jaï « mieux portant » mais encore fragile, qu’il leur reviendra de consolider inlassablement…

 

RENSEIGNEMENTS
SIBOJAÏ
Luc BRUN, Directeur-conservateur
78 bis Lido du Jaï – Promenade Émile LEGIER –  13220 CHATEAUNEUF-LES-MARTIGUES
Tél. : 04 42 43 08 91 – Mail – www.sibolmonjai.org –  facebook.com/Sibojai