RESEAU JARDINS ET VERGERS LITTORAUX
MENTON - 17 et 18 NOVEMBRE 2003
Animée par Christian DESPLATS la journée débute par un tour de table des gestionnaires présents. Chacun expose la mise en œuvre de la gestion sur son site, mettant en avant les difficultés spécifiques rencontrées. Philippe DELIAU, paysagiste, fait une présentation générale des Jardins en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (espèces, esprit des lieux) avant de laisser la parole aux gestionnaires.
Abbaye de Beauport
Après une présentation historique en terme d'acquisition et de restauration de l'Abbaye de Beauport, site phare du Conservatoire du littoral dans les Côtes-d'Armor, Dominique BEAUVAIS présente le projet de création des vergers de l'abbaye. Dans le respect de l'esprit des lieux (présence de pommiers à l'abbaye depuis le milieu du 18 e siècle), le Conseil général des Côtes-d'Armor, le Conservatoire du littoral et l'Association de gestion de l'Abbaye de Beauport (AGRAB), lancent en 1997 une campagne de plantation de porte-greffes (210 pommiers haute-tige et 500 pommiers basse-tige) conformément au cahier des charges suivant :
- Entretien des prés plantés avec pâturages (moutons Ouessant et poneys Schetland)
- Gyrobroyage
- Fauche avec exportation des matières
- Pas d'utilisation de produits phytosanitaire
- Pollinisation naturelle
Quelques actions de communication ont accompagné ce projet tel un parrainage des écoles avec la mise en place d'ateliers pédagogiques autour de la pomme. Des actions destinées au grand public ont été menées autour du greffage.
La Chambre d'Agriculture des Côtes-d'Armor est également associée à ce projet et mène un travail sur la description pomologique des pommiers. Une démarche scientifique de notations des pommiers est engagée (présentée par Dominique BICHE). Le rôle de conservatoire génétique du pommier est également mis en avant.
Après cette première phase réussie de restauration du verger, se pose aujourd'hui la question de l' écoulement de la production . En effet, d'ici 2008 à 2013, la production de ce verger atteindra 45 tonnes pour 750 pommiers en production. Le Conservatoire du littoral a sollicité le soutien de la Chambre d'Agriculture des Côtes-d'Armor pour obtenir un label susceptible d'intéresser un producteur local.
Jardin Georges Delaselle
Situé sur l'Ile de Batz, le jardin George Delaselle (5 ha) a été acheté par le Conservatoire du littoral en 1997. Il est aujourd'hui géré par l'Association des Amis du Jardin Georges Delaselle.
L'absence d'archives sur ce site rend difficile la restauration de l'esprit des lieux vu par le créateur de ce jardin. Les Amis du Jardin Georges Delaselle font appel à l'aide du paysagiste Gilles CLEMENT. L'entretien de ce site est conditionné par l'absence de financement du Conseil général du Finistère et de la commune. Néanmoins, la Mairie apporte son concours technique dans les travaux de restauration. Pour palier au déséquilibre financier, les Amis du Jardin Georges Delaselle ont recours au mécénat d'entreprises , aux dons des particuliers et parviennent ainsi depuis deux ans à s'autofinancer. D'autres ressources financières sont issues de l'exposition d'œuvres contemporaines.
Plus de 1800 espèces ont été recensées sur 2 hectares. Ces plantes (introduction d'espèces exotiques) s'intègrent dans le paysage sans but d'en faire une collection. Il faut savoir que le Jardin emploie à l'entretien du jardin, deux personnes à temps plein, un saisonnier et un apprenti.
Tristan GOURVIL met l'accent sur l' importance de la communication qui a été faite autour du jardin. Plusieurs éditions ont été mises à contribution pour présenter le Jardin Georges Delaselle. Ouest-France a notamment été un partenaire important. Le Jardin bénéficie pour cette communication d'aides de fonds européens. Cette campagne de communication semble avoir porté ses fruits puisque le site, ouvert au public depuis 1992, a attiré 28 000 visiteurs en 2003.
Les représentants du Jardin Georges Delaselle pensent que le Conservatoire devrait faire un effort en terme de communication autour des jardins dont il est propriétaire, cela jouerait sans aucun doute en faveur de son image.
Enfin, Tristan GOURVIL s'interroge sur l'opportunité de réaliser une charte de qualité commune aux gestionnaires de ces sites atypiques.
Serre de la Madone
Ce jardin, situé sur la commune de Menton, a été classé monument historique par le Conseil d'Etat pour son jardin et son bâti. La gestion du Jardin est régie par une délégation de service public pour 5 ans.
Contrairement à l'Ile de Batz, l'association de sauvegarde et de mise en valeur du jardin Serre de la Madone restaure le site dans l'esprit des lieux, conformément aux écrits laissés par Johnston. Les difficultés dans la restauration de ce jardin tiennent à l' approvisionnement de plants , au contrôle de l'irrigation , à l' ouverture au public du site. Sur ce dernier point, le jardin propose des visites guidées en groupe (15.000 visiteurs par an), ce qui mobilise une personne salariée. L'idée est de pouvoir proposer des visites libres au public, guidé par un dépliant et une signalétique adaptés.
Le jardin, situé à la frontière de l'Italie, attire un public averti de nationalités diverses du fait notamment du dynamisme de la Ville de Menton en matière de jardins exotiques. Cela suppose que les dépliants soient édités dans différentes langues, ce qui représente un coût supplémentaire. Pour assurer les dépenses liées au fonctionnement du jardin, l'association de gestion du jardin Serre de la Madone ont notamment mis en place une vente aux enchères d'œuvres d'art.
La restauration globale du Jardin s'élèverait à 8 millions d'euros. 3 millions d'euros sont apportés par le Conseil général des Alpes-Maritimes et le Conseil régional de Provence Alpes-Côte-d'Azur. Ces fonds permettront de restaurer uniquement les clos et les couverts. Les frais de restauration liés à l'aménagement de la boutique et l'isolation du bâti (habitation du jardinier) ne pourra se faire qu'avec le recours au mécénat d'entreprises à hauteur de 5 millions d'euros.
L'entretien des Jardins de la ville de Menton occupe 80 personnes réparties sur trois centres de production. L'un est consacré au florissement, l'autre aux agrumes et le dernier aux plants. Cela représente un budget annuel de 500.000 euros hors frais de personnel. On peut observer des vergers d'agrumes sur la ville de Menton et y recenser 90 espèces.
Domaine d'Abbadia
Le Domaine d'Abbadia, sur la commune d'Hendaye, accueille aujourd'hui un verger conservatoire. La présence ancestrale de pommiers dans le Pays basque (pommiers de Biscaye exportés en Normandie) et le statut de protection du site a suscité l'intérêt du Groupe phyto-génétique régional d'Aquitaine (G.R.P.A.) qui a demandé la mise à disposition d'une parcelle pour y introduire un verger conservatoire. Un partenariat entre le P.N.R. des Landes de Gascogne, le GRPA et la commune d'Hendaye a contribué à l'aboutissement du projet.
Des pommiers basse-tige ont été ainsi plantés malgré la proximité de la mer et la gêne que présentent les embruns marins pour ces arbres.
Un problème tient à la taille des arbres (trop bas) dont le tronc est attaqué par les lapins et l'utilisation de matériel rendue difficile. Seuls deux pommiers par variété ont été plantés, ce qui pose un problème lors du ramassage des pommes (séparation des variétés). D'autre part, le temps de travail sur cette parcelle a été mal estimé.
Le traitement des arbres se fait à la bouillie bordelaise à laquelle on ajoute la pulvérisation de purin. Le ramassage se fait, bien entendu, manuellement.
Ce verger présente néanmoins un fort intérêt pédagogique . En effet, dès la plantation un travail éducatif a été mené avec le Lycée de Saint-Jean-de-Luz qui consistait au lancement d'un concours : rédaction d'un article de presse à vocation économique. La publication du résultat du concours a donné naissance à une association d'agriculteurs qui relancent la production de cidre basque.
Des stages sur les vergers sont mis en place au bénéfice de ces agriculteurs. Dès la récolte une exposition de pommes anciennes permet de sensibiliser le public à l'intérêt de conserver les espèces. Dans cet esprit de sensibilisation du public, une vente de pommes est organisée chaque année. Des animations pédagogiques sont mises en place sous la forme de contes sur les vergers. L'idée d'une animation sur site autour du pressoir fait son cheminement avec en 2003, pour la première année, un stage ouvert au public.
Même si ce verger n'a pas de vocation économique l' écoulement de la production pose cependant un problème.
Mont Vinaigrier
Situé sur la commune de Nice, ce site est géré par le Conseil général des Alpes-Maritimes. Il est caractérisé par la présence de bâti consacré à l'habitation du gardien ainsi qu'à l'espace muséographique. Un verger d'oliviers a été restauré sans pour autant être voué à la production. Néanmoins, les critères d'exploitation correspondent aux exigences de l'A.O.C. de Nice. On recense également dans ce verger, des amandiers et des cerisiers.
Ce site a bénéficié de la restauration des restanques . Son entretien occupe le personnel à temps plein trois à quatre mois dans l'année.
Ouvert au public, il souffre d'une fréquentation qui modifie l'orientation usagère du site vers le grand public, non respectueux des lieux. La commune de Nice mène une réflexion sur la mise en avant de l'aspect agricole de ce site dans l'espoir de changer le comportement du public. Une campagne de communication bien ciblée pourrait soutenir cette volonté.
Ce site souffre également d'un conflit d'usages : présence de sangliers, réticences des riverains qui subissent les désagréments liés à la présence de cet espace naturel au cœur de la ville.
Bois de Courbebaisse
Le jardin de Courbebaisse est situé au centre de la ville du Pradet (Var). Derrière ce jardin s'étend un bois, l'ensemble représentant un espace de 5 hectares. Le jardin se décline en trois parties :
- Le Jardin du Curé constitué d'allées très étroites où un nombre important de plantes y sont mélangées.
- La deuxième partie plus ouverte se situe au centre du jardin. On peut y observer une collection de sauges issues du monde entier. Les plants sont issus d'un pépiniériste local.
- Le « Rucher pédagogique », pavillon mauresque qui permet de découvrir le monde des abeilles. Un effort a été entrepris sur la réhabilitation des locaux qui accueillent aujourd'hui le Rucher.
Ce jardin est continuellement ouvert au public et souffre de nombreuses dégradations (plantes piétinées, tags, coupes d'arbres, arrachage de signalétique). La commune du Pradet a choisi délibérément de laisser en état ces dégradations.
Abbaye Saint-Maurice
L'abbaye Saint-Maurice, dans le Finistère, est gérée par la commune de Clohars-Carnoët. Sur 120 hectares, 3 hectares constituent un parc boisé qui nécessite un entretien régulier (friches, tailles). Le gestionnaire est confronté aux problèmes de maladies des arbres et à leur perdition. La question se pose de l'intérêt de conserver les espèces qui meurent en les remplaçant par des nouveaux plants.
L'esprit des lieux est basé sur l'équilibre pierre/bois. La gestion de ce site occupe à temps plein un jardinier, un garde du littoral et une personne à mi-temps pendant la saison estivale.
Domaine du Rayol
Les Jardins du Rayol, situés sur la commune du Rayol-Canadel (Var), accueillent plus de 50.000 visiteurs par an. La gestion de ce site emploie 22 personnes salariées.
Les Jardins du Rayol, caractérisés par la présence de plantes naturelles, originaires du pays, mènent une réflexion sur l' approvisionnement en eau , l' énergie renouvelable et sur le retraitement des déchets .
Très peu de produits phytosanitaires sont utilisés sur ce site malgré un mécénat avec Rhône Poulenc. Le jardin doit faire face à une perte importante de plantes liée à l'utilisation de l'eau traitée (7000 m3 par an). La création d'une retenue d'eau permettrait de solutionner ce problème et de présenter une réserve de sécurité en cas d'incendie. Dans le sud de la France, la gestion de la ressource en eau devient primordiale.
Le bâti présent sur le site doit être mis aux normes à la fois dans un souci d'efficacité et d'économie d'énergie. Mais cela représente un coût important. Le Domaine du Rayol recherche un partenariat pour développer les économies d'énergie (photovoltaïque, éolien).
Val Rahmeh
Le jardin du Val Rahmeh (1 ha), propriété du Muséum national d'histoire naturelle depuis 1966, est l'un des nombreux jardins de la ville de Menton. Ouvert au public dès 1967, il accueille aujourd'hui près de 19000 visiteurs chaque année.
Acquis initialement sans aucune volonté de faire de la recherche scientifique, il s'est pourtant orienté dans ce domaine au fil des années. Il assure ainsi le rôle de banque végétale pour certaines plantes menacées. On y recense de nombreuses espèces exotiques venant des régions méditerranéennes, subtropicales et tropicales. Un projet d' observatoire du climat en relation avec la pédagogie des plantes est en cours et devrait voir le jour prochainement.
Le jardin n'est pas épargné par les difficultés financières . En effet, sous tutelle publique, il ne peut compter par exemple, sur l'ouverture d'une boutique au cœur du jardin et qui génèrerait des recettes pouvant servir les travaux de recherche.
Synthèse et relevé de décisions
Anne Konïtz mentionne que, malgré le peu de superficie que représentent les jardins propriétés du Conservatoire du littoral (200 ha sur 68 000 au total), ce sont malgré tout les sites dont on parle le plus dans les supports de communication du Conservatoire du littoral. En terme de communication, Anne Konïtz met l'accent sur le fait que les gestionnaires ici présents communiquent eux-mêmes très bien (quantité, qualité) sur leur site (lettres d'information, dépliants). On peut se demander toutefois quelle diffusion est faite de ces documents (local, national).
Il serait peut-être intéressant de développer une communication commune aux jardins du Conservatoire du Littoral plutôt que de multiplier les communications locales. L'idée d'une exposition itinérante sur les jardins du Conservatoire du littoral, d' une page Internet consacrée aux jardins sur le site Internet du Conservatoire ont été évoquées.
Le Conservatoire du littoral doit mener une réflexion en terme de patrimoine et de paysage car la stratégie n'est pas claire aujourd'hui.
L' aspect pédagogique des jardins n'est pas à démontrer au vu des expériences présentées ici. Le Conservatoire ne doit-il pas réfléchir à un programme éducatif national concernant la culture et la nature qui servirait le jardin ?
Ces sites atypiques sont aujourd'hui convoités par le public et la difficulté tient à contenir les visites pour maintenir la protection du milieu. Il y a là une ambivalence dans la mesure où les visites sont payantes et génèrent des ressources propres pour le gestionnaire. N'y aurait-il pas une réflexion à mener sur le type de public visé, sur un prix d'entrée psychologique (suffisamment élevé pour générer des recettes mais pas trop pour ne pas dissuader l'entrée).
Face au foisonnement d'idées dont font preuve les gestionnaires, celle de créer un mini réseau composé de gestionnaires de jardins (présence de Christian Dupont, Garde du littoral sur la commune de Saint-Brévin-les-Pins, qui recherche des informations pour réaliser un jardin de plantes littorales) se dessine au fil des débats. La discussion s'oriente alors vers l' animation de ce réseau qui pourrait être confiée à Rivages de France . Cette animation pourrait prendre la forme d'un atelier thématique (jardins et vergers littoraux) où les gestionnaires se rencontreraient pour discuter de différents points techniques tels la signalétique spécifique aux jardins, l'équipe type salariée d'un jardin, approvisionnement en eau, etc… A côté de cela, il existe notamment une association nationale nommée « Parcs et Jardins de France » structurée en délégations régionales et à laquelle les gestionnaires présents pourraient adhérer pour bénéficier des expériences de ce réseau.
Rivages de France se voit attribuer les missions suivantes :
communiquer à chacun les coordonnées postales et électroniques des membres du groupe (liste jointe) de sorte qu'ils puissent échanger entre eux de manière interactive dans l'attente de la mise en place d'un forum de discussion sur le site Internet de Rivages de France
réfléchir à la forme que pourrait prendre l'animation de ce réseau
proposer une liste de thèmes qui pourrait faire l'objet des prochaines réunions de travail du réseau des gestionnaires de jardins et vergers littoraux (liste jointe).
Tous les gestionnaires se sont engagés à inscrire les membres du « groupe » comme destinataire de leurs publications et à créer des liens entre leurs sites Internet.
Le Conservatoire du littoral devra assurer la mise en ligne d'une page spécifique aux jardins sur son site Internent et réfléchit sur la conception d'une exposition itinérante sur les jardins .
Jean-Laurent FELIZIA (Domaine du Rayol) se voit confier une réflexion sur la recherche d'un mécène notamment pour financer une signalétique commune aux jardins du Conservatoire du littoral.
Malgré le nombre d'idées encore exprimées par les gestionnaires présents (vente aux enchère de plantes rares, création d'un itinéraire de découverte des jardins, etc.), les échanges sont clôturés à 16h30.
RIVAGES DE FRANCE - Villa Carolus - Route de Cabourg - 14810 Merville Franceville