Le Baccharis : visite des Rétais à CAP Atlantique
Le 30 septembre 2004, plusieurs élus de la Communauté de commune de l'île de Ré ainsi que des gestionnaires concernés par la problématique de la plante envahissante Baccharis halimifolia sont venus en visite sur les Marais de Guérande où CAP Atlantique (Communauté d'agglomération de la presqu'île de Guérande - Atlantique) expérimente des moyens de lutte contre cette espèce. Le territoire de l'île de Ré étant au tout début de l'envahissement, la LPO, gestionnaire de la Réserve Naturelle de Lilleau des Niges sur l'île, a souhaité montrer de façon concrète aux élus un site envahi, les problèmes en résultant et les pistes de solutions.
Pourquoi Guérande ? Sur l'île de Ré comme à Guérande, il y a des marais salants exploités dont les talus sont susceptibles d'être envahis. De plus, CAP Atlantique paraît être en avance en ce qui concerne l'expérimentation des techniques de lutte contre cette plante et a le souhait de diffuser les résultats obtenus dans un objectif de sensibilisation et de lutte efficace.
En matinée, Fabrice Durieux de CAP Atlantique et Danielle Rival, vice-présidente de CAP Atlantique en charge des marais salants nous ont présenté la plante, ses capacités de régénération et de dispersion puis les expérimentations d'élimination ainsi que les premiers résultats. L'après-midi, nous avons visité trois sites (Pen-Bron – commune de la Turballe, Porh-Es-Ster - commune de Piriac et Kercabellec – commune de Mesquer) touchés par l'envahissement dont l'un a fait l'objet des essais d'élimination.
Il est à noter que la Presqu'île de Guérande présente déjà un envahissement important sur son littoral et dans les marais salants en particulier.
Nicolas GENDRE, Conservateur de la Réserve naturelle de Lilleau des Niges, LPO
Hervé ROQUES, Elu de la commune de Saint-Clément-des-Baleines
Marie TETREAU, Chargée d'étude stagiaire sur le Baccharis, Communauté de communes de l'Ile de Ré
Michelle JEAN-BART, Exploitante de salins, coopérative des sauniers de l'île de Ré
Myriam MOISSENOT, Conservatoire du littoral à Rochefort
Fabrice DURIEUX, Responsable du service milieux naturels, métiers de la mer et agriculture à CAP Atlantique
Danielle RIVAL, Vice-présidente de CAP Atlantique en charge des marais salants, Maire de Batz-sur-Mer et Conseillère régionale
Jacques LABONDE, Maire des Portes-en-Ré
Michel FRUCHARD, Elu des Portes-en-Ré
Anne DANIEL, Elu des Portes-en-Ré
Hélène MICHAUD, Animatrice réseau, Rivages de France
Le Baccharis ( Baccharis halimifolia), originaire d'Amérique du Nord a été introduit en France au 17 e siècle. Il est présent de façon envahissante aujourd'hui sur les rivages de l'Atlantique et de la Méditerranée. Il semblerait qu'il soit devenu réellement envahissant depuis une dizaine d'année, peut-être le temps de s'adapter aux conditions écologiques de nos régions. Sa taille peut atteindre 5m et son tronc, un diamètre de 16cm.
Cette espèce dioïque (pieds mâle et femelle séparés) a une forte capacité de dissémination et une grande capacité d'adaptation à des milieux variés. Un pied femelle peut porter jusqu'à 1 million de graines ayant une longévité de 5 ans. Leur dissémination anémophile leur permet d'aller très loin et de coloniser de nouveaux sites.
De plus, l'espèce rejette de souche ainsi qu'à partir des racines par des bourgeons souterrains.
De par sa résistance aux conditions difficiles présentes le long des côtes (embruns, sable, sécheresse…), elle se trouve partout dans tous les milieux (parties les plus élevées des zones humides, en zone côtière au-dessus du niveau des marées de vive-eau et sur les côtes rocheuses, dans les dunes et les landes ainsi que dans les friches).
Cette résistance, alliée à une floraison tardive a séduit les horticulteurs et les résidents pour la création des haies autour des habitations, ce qui explique son importante dissémination aujourd'hui.
Elle parvient même à pousser au milieu des fourrés à ajoncs d'Europe.
Le problème consiste dans le fait que, lorsque le Baccharis s'installe sur un site, au bout de quelques années, il n'y a plus que du Baccharis si rien n'est fait.
A la banalisation et l'uniformisation des paysages littoraux se superpose alors en plus une diminution de la biodiversité. Les espèces endémiques ne peuvent plus s'exprimer par manque de lumière (ex : graminées) et compétition pour les ressources. On assiste alors à une fermeture des milieux et du paysage. La faune inféodée aux milieux ouverts fuit.
Dans les zones de marais salants, les fruits très volatils du Baccharis peuvent, si la saison de production se poursuit en septembre et octobre, se retrouver dans le sel récolté et, par conséquent, nuire à sa qualité.
Il s'agit là du seul impact économique réel du Baccharis, toutefois difficilement mesurable. Dans les autres effets de cette plante - outre la dégradation des paysages et la réduction de biodiversité - on trouve également la gêne occasionné pour l'accès à des parcelles susceptibles de recevoir des interventions de lutte contre les moustiques.
La prise de conscience de CAP Atlantique sur la problématique du Baccharis s'est faite en 1998 suite à une alerte lancée par l'EID-Atlantique (Entente Interdépartementale pour la Démoustication Atlantique).
Dès 1999, la cartographie de cette espèce a été réalisée pour les marais salants ainsi qu'une synthèse des connaissances disponibles sur cette espèce et sur les techniques de lutte.
En 2000, un comité de pilotage a été mis en place pour encadrer cette démarche.
Après recensement des techniques de lutte physique, chimique et biologique, il est apparu qu'il n'existe pas de méthodes de lutte physique simples et efficaces, à l'exception de l'immersion et de l'arrachage manuel des jeunes pieds dans les sols détrempés. Celles-ci ne permettent donc au mieux qu'un contrôle limité des populations. Vu l'ampleur de l'envahissement sur le territoire de Cap Atlantique, ces méthodes ne sont envisageables que ponctuellement (temps, coût, efficacité relative…).
Quant aux techniques de lutte biologique, elles sont utilisées dans certains pays mais ne sont pas transposables en France (obligation d'introduction d'un ravageur non endémique à danger d'une nouvelle espèce exotique envahissante).
Quant aux techniques de lutte chimique, elles ont été éprouvées pour certaines mais il restait à prouver leur efficacité sur le secteur des marais salants, à évaluer l'éco-toxicité ainsi que le devenir des produits chimiques dans le milieu. La lutte chimique apparaît en effet comme la méthode la plus efficace à mettre en œuvre sur le secteur pour effectuer une première intervention.
Afin d'évaluer l'efficacité et les impacts des techniques de lutte chimique, CAP Atlantique a mis en place un partenariat avec le SRPV (service régional de protection des végétaux). La décision d'utiliser ce type de produit n'a toutefois pas encore été prise. Cette décision sera forcément collective pour être socialement acceptable. Elle devra s'accompagner d'opérations de communication adaptée.
Techniques de lutte physique recensées et leurs limites
Ecobuage : peu efficace ; apparition de rejets à partir des souches et racines ; envisageable pour une première ouverture du milieu
Immersion des souches : efficace mais difficile à mettre en place ; utilisation d'eau salée ou douce asphyxiant les plantes sous réserve d'une immersion suffisamment longue
Arrachage manuel : efficace mais envisageable pour des pieds jusqu'à l'âge de 2 ans
Pâturage : apparemment efficace en utilisant des moutons ; n'empêche cependant pas la repousse ; toxicité potentielle des feuilles
Gyrobroyage et fauche : efficacité limitée puisque il y a rejets à partir des souches et des racines restant dans le sol après dessouchage
Utilisation du sel sur les souches : cette technique serait efficace pour les pieds d'un diamètre minimum de 10 cm en prenant soin d'avoir une souche bien plane et de mettre suffisamment de sel. L'opération est plus délicate sur des souches plus petites et demande un certain temps de travail. De plus, le chlorure de sodium est interdit comme désherbant ; toutefois, il arrive que les paludiers se débarrassent de sel déclassé en le jetant sur les talus des marais salants, milieux particulièrement salés.
Techniques de lutte chimique testées par CAP Atlantique et le SRPV
Afin de définir le type de traitement ainsi que les molécules chimiques et leurs concentrations les plus efficaces, des premiers tests ont été effectués en enceinte contrôlée au sein des locaux du SRPV de Nantes, puis sur le terrain dans les marais.
Le traitement « en plein » par pulvérisation sur des individus entiersa été écarté car la diffusion des phytocides dans l'air et donc dans le milieu s'avère trop importante. Le suivi et l'évaluation des phytocides et de leurs produits de dégradation dans l'eau et les sédiments des marais en utilisant cette méthode ont été effectués par un laboratoire de Rouen et financés par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne.
Des essais de traitements « en plein » sur rejets de souche après gyrobroyage ont été faits avec du Débrousaillant 2D (2,4 D) et du Tordon 22K (pichlorame). 95 à 100% des individus traités sont détruits dans les deux cas. Cependant, les données écotoxicologiques disponibles favoriserait le choix du Tordon 22K. Ces essais n'ont pas été suivi d'une évaluation du devenir des produits dans le milieu car les financements accordés à CAP Atlantique ne permettait pas l'étude, plus complexe que précédemment, de leur diffusion à partir des racines dans les sols.
Des traitements de dévitalisation de souches après coupe des arbustes ont été effectués avec du Round Up Biovert (glyphosate) et de l'Attilex (sulfamate d'ammonium). Les produits déposés sur la souche à l'aide d'un pinceau en surface ou dans des trous préalablement percés permettent de dévitaliser quasiment 100% des individus traités quel que soit le mode d'application mis en œuvre. Au vu des données écotoxicologiques, l'Attilex serait le produit retenu.
Tous ces traitements ont été mis en œuvre par des professionnels équipés de façon adéquate (masque, combinaison.…).
Communication et sensibilisation
Afin de sensibiliser tous les acteurs sur l'importance de lutter contre cette plante, différentes actions de communication en fonction du public ont été menées par Cap Atlantique.
Paludiers : intégration de chantiers de débroussaillage du Baccharis dans les contrats OLAE, maintenant CAD
Maîtres d'ouvrage du public (DDE, CAUE…) : réunions et courriers d'information
Pépiniéristes : convocation par courrier à une réunion d'information
Grand public : réalisation d'un dépliant et distribution via les bulletins municipaux, la presse, les mairies, les associations, …
Poursuite de l'action
Dans la continuité de ce programme, un état des lieux de l'ampleur de la colonisation du Baccharis devait être réalisé à l'échelle nationale par une stagiaire, mais celle-ci s'est limitée au territoire de certaines Réserves Naturelles. Elle a également créé une base de données et a cartographié le Baccharis pour le territoire de Cap Atlantique.
Cap Atlantique a également essayé de chiffrer l'incidence économique de cet envahissement mais cela n'a pas été possible car trop complexe.
Pour le territoire de Cap Atlantique, l'éradication de l'espèce paraît impossible aujourd'hui avec des coûts raisonnables, seul le contrôle des populations est envisagé. Cap Atlantique recherche par ailleurs le coût que peut représenter ce contrôle des populations et souhaite disposer de retours d'expériences d'autres gestionnaires en ce qui concerne ces coûts.
Tous ces travaux ont permis à Cap Atlantique de définir des itinéraires techniques de traitement à mettre en œuvre à grande échelle à coûts raisonnables. Prochainement, une réunion devrait permettre de définir les sites devant être traités prioritairement.
De plus, Cap Atlantique va proposer que dans le cadre de la mise en place des CAD avec les paludiers dans les marais salants soient intégré du temps de débroussaillage du Baccharis (à noter que l'usage des phytocides par les paludiers eux-mêmes est interdit par le cahier des charges CAD). Par contre, si ce type de produit devait être utlisé, il le serait par des professionnels compétents. CAP atlantique pense en particulier à la Fédération départementale des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles (FDGDON).
Il apparaît cependant que cette lutte sera réellement efficace quand le Baccharis sera interdit à la vente et figurera parmi les espèces nuisibles listées sur l'arrêté ministériel du 31/07/2000.
Les particuliers et les municipalités ne pourront alors plus s'en procurer et il suffira de continuer à les informer et à les conseiller afin qu'ils aient les bons gestes (arrachage, coupe avant floraison…) permettant l'arrêt de cette invasion.
Pour abonder en ce sens, Cap Atlantique vient d'adresser un courrier à l'attention des ministres de l'écologie et du développement durable et de l'agriculture leur demandant l'inscription de l'espèce sur cet arrêté.
Cette visite a permis à la délégation venue de l'île de Ré de se rendre compte de l'ampleur qu'un tel envahissement peut prendre et de son impact tant au niveau paysager que sur la biodiversité. Les élus de l'île de Ré, déjà sensibilisés par l'intermédiaire du gestionnaire la Réserve Naturelle, sont repartis enrichis de cette expérience, de pistes de réflexion et d'actions, et décidés à agir. Marie TETREAU a déjà réalisé la cartographie de l'espèce pour le territoire îlien et la restitution de son étude aux élus de la Communauté de communes a permis de poursuivre cette sensibilisation. Plusieurs communes vont prendre des initiatives visant à éliminer le Baccharis de leur territoire.
Sur la rencontre
CAP Atlantique et Fabrice Durieux accueil@cap-atlantique.fr
Nicolas GENDRE et Marie TETREAU lilleau.niges@espaces-naturels.fr & nicolas.gendre @ lpo.fr
Rivages de France h.michaud@rivagesdefrance.org
Quelques publications
- Forum des Marais Atlantiques, CD-ROM du colloque La gestion des espèces exotiques envahissantes (marais et cours d'eau) , novembre 2003, Sallertaine (Vendée).
L'expérience de CAP Atlantique y est présentée (Powerpoint). Les coûts de cette expérience et les données éco-toxicologiques pour chaque produit y sont mentionnés.
Contact : fma@forum-marais-atl.com
- Cockx E.M., août 2004, Lutte contre la prolifération d'une espèce invasive sur la Presqu'île de Guérande : le Baccharis halimifolia - mémoire de fin d'études INP ENSAT , 62 p + annexes et version CD.
Contact : CAP Atlantique accueil@cap-atlantique.fr et h.michaud@rivagesdefrance.org
- Comité des Pays de Loire pour la gestion des plantes exotiques envahissantes, août 2004, Gestion des plantes exotiques envahissantes en cours d'eau et zones humides - guide technique , 67 p.
Téléchargeable aux adresses : www.forum-marais-atl.com/doc. h tml
www.pays-de-loire.environnement. g ouv.fr
- Agence Méditerranéenne de l'Environnement, 2003, Plantes envahissantes de la région méditerranéenne , 48 p.
Téléchargeable à l'adresse : http://www.a m e-lr.org/publications/espaces/plantesenvahissantes/pdf/plant e senvahissantes.pdf
Autres travaux en cours (non exhaustif)
La Tour du Valat en Camargue travaille également sur la lutte contre le baccharis. D'une part, les chercheurs en lien avec les gestionnaires ont étudié des méthodes chimiques de lutte et vont travailler désormais sur des techniques ne faisant pas appel à ce type de produits afin que l'élimination de la plante soit aussi envisageable sur des sites protégés (Natura 2000, CAD…).
D'autre part, des recherches sont en cours sur la dynamique de colonisation et sur les mécanismes sous-tendant l'invasion du Baccharis.
Contact : Marc thibault thibault@tourduvalat.org