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AVANT-PROPOS

Les plages, leurs propriétés et la “propreté”

Exceptionnel vecteur d’attractivité touristique des territoires, les plages sont trop souvent réduites, dans l’imagerie populaire, à la vaste étendue de sable fin et d’une propreté immaculée, dédiée aux loisirs de bord de mer : une jolie “carte postale” qui ne montre rien de leurs réalités, de leur utilité, de leur complexité et de leur fragilité, y compris au regard d’un nettoyage inapproprié...

L’envers de ces “décors” touristiques, c’est le nettoyage, le plus souvent mécanique, qui dénature les paysages réels des plages et qui, plus grave, fragilise le littoral et en appauvrit la biodiversité. Or, à l’interface entre mer et terre parfois très urbanisée, les plages sont tout à la fois...

  • Des espaces “remparts” naturels, en perpétuel mouvement : reflet du budget sédimentaire côtier, le système plage/dune s’avère un précieux amortisseur de l’énergie érosive de la mer et du vent.
  • Des milieux originaux fourmillant de vie et composant un écosystème à très haute valeur biologique et patrimoniale.
  • Les réceptacles des laisses de mer (bois flotté, algues, coquillages, os de seiche...), essentielles pour l’engraissement dunaire, vitales pour la biodiversité ; des déchets anthropiques nuisibles comme les hydrocarbures ; des macro-déchets (plastiques, cordages, filets, flotteurs, verres, fer, casiers, poches à huîtres...).
  • Des espaces fréquentés pour de multiples usages : tourisme, loisirs (pêche, sports de plage et nautiques, chasse…), professionnels (conchyliculture, saliculture, restaurants, campings…), eux-mêmes conditionnés par le bon état écologique et sanitaire des plages.
  • Les victimes de l’incivilité attestée par la fréquentation anarchique et l’altération des dunes, mais aussi par la prolifération des détritus (restes de pique-nique, embalages, mégots de cigarette...) abandonnés voire enfouis dans le sable par des usagers indélicats.

Autant de paramètres à prendre globalement en compte pour mieux raisonner le nettoyage des plages, afin qu’à l’avenir, celui-ci, préférentiellement manuel et sélectif, contribue à leur préservation... plutôt qu’il ne participe “mécaniquement” de leur dégradation !

Extrait de la Circulaire ministérielle du 20 janvier 2012, relative à la gestion durable et intégrée du domaine public maritime naturel - NOR : DEVL1121741C

“Intégrer les bonnes pratiques environnementales dans les autorisations d’occupation du domaine public maritime, par exemple : l’utilisation de matériaux recyclables, les chantiers propres, les installations fonctionnant avec des énergies renouvelables, le nettoyage des plages par des moyens non mécaniques, afin de préserver les laisses de mer, qui constituent un élément important de la biodiversité sur le rivage et qui participent à la lutte contre l’érosion côtière, le ramassage sélectif et manuel des macro-déchets, leur bonne évacuation et leur élimination, l’intégration paysagère des aménagements, la préservation et la restauration des zones humides et des écosystèmes marins et littoraux sensibles (vasières, herbiers, récifs coralliens, mangroves, zones d’étangs salés arrières littoraux).”

SOMMAIRE

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EDITORIAL

Nettoyage raisonné, littoral préservé !

Avec cet argumentaire en faveur du nettoyage raisonné des plages, RIVAGES DE FRANCE poursuit sa contribution à la promotion et à l’adoption par les collectivités des “bonnes pratiques” en la matière. Ce travail s’appuie sur l’efficace contribution - que je salue chaleureusement - d’un groupe de travail* composé d’élus et de techniciens, ainsi que sur les témoignages actualisés des responsables communaux de sites présentés ici...


L’intérêt de la gestion raisonnée des plages, notamment par un nettoyage adapté, a été largement débattu et porté à connaissance par de nombreux acteurs et médias. Et plus particulièrement par le Conservatoire du littoral et RIVAGES DE FRANCE, à travers une vidéo Accepter les laisses de mer, protéger les écosystèmes côtiers, dans laquelle des élus soutenaient ces démarches de sensibilisation.

En 2010, la publication du Guide méthodologique le nettoyage raisonné des plages a permis de présenter clairement :

  • les enjeux liés au nettoyage des plages ;
  • les travaux menés sur plusieurs sites pilotes - Plage de Pont Mahé (Loire-Atlantique), La Belle-Henriette et la Pointe d’Arçay (Vendée), Les Coussoules (Aude), La Grande Maïre (Hérault) - et complétés par l’expérience d’autres collectivités (Départements : Nord, Calvados, Manche - Communes : Le Grau du Roi, Saint-Brevin-les-Pins, Fouras, Hyères - Association pour le développement de la Baie de Bourgneuf…) ;
  • une méthode générale pour la mise en place d’un plan de nettoyage raisonné des plages.

Après sa diffusion nationale, le guide a continué à être très demandé par des collectivités, attestant de l’impératif de poursuivre voire d’intensifier cette information. Un constat également exprimé dans le cadre de l’atelier “déchets marins” piloté par le Ministère de l’Environnement. Cet atelier constitue l’occasion d’articuler les politiques des déchets avec les politiques relatives à l’eau et à la mer, notamment la directive cadre stratégie milieu marin.

Via l’animation d’un groupe de travail, Rivages de France a donc souhaité proposer de nouveaux produits et actions, facilitant la prise de conscience et l’intérêt d’appliquer le nettoyage manuel :

  • la formation des agents ;
  • la communication vers le public et les collectivités - élus et agents techniques - par la production du présent argumentaire : NETTOYAGE MANUEL DES PLAGES - ses 10 avantages et 6 témoignages ;
  • une plate-forme numérique d’informations (lien hypertext à prévoir) regroupant les retours d’expérience et permettant de fructueux échanges ;
  • l’organisation de rencontres…

* Communauté d’agglomération Royan Atlantique - Communauté de communes de l’Ile d’Oléron - Communes : Fouras, La Faute sur Mer, Le Grau du Roi, Saint-Brévin-les-Pins - EID Méditerranée - GIP Littoral aquitain - Parc naturel régional du Marais poitevin - Rivages Propres - Les amis du marais du Vigueirat - Conservatoire du littoral - Office national des Forêts… Ce groupe se réunira régulièrement pour assurer une réflexion pérenne et mettre en place des actions favorisant le nettoyage manuel.

Je vous souhaite bonne lecture et bon usage des conseils et des témoignages qui suivent !

Didier RÉAULT

Président de Rivages de France

LES 10 AVANTAGES DU NETTOYAGE MANUEL DES PLAGES

Le nettoyage manuel permet la reconquête d’un paysage naturel

La plage “carte postale”, propre et stérile, n’est pas “naturelle” ! C’est souvent le résultat du nettoyage mécanique et systématique qui dénature le paysage réel (tout aussi séduisant...), en éliminant tout ce que vent, houle et marées déposent sur la grève. Y compris la précieuse laisse de mer (algues, herbes marines, bois flottés, coquillages)...

Le nettoyage manuel contribue à résister à l’érosion côtière

Non sélectif, le nettoyage mécanique prélève la laisse de mer et de grandes quantités de sable (jusqu’à 80 % de la récolte !). Il modifie en outre la compacité du sable, le rendant très volatil.

Le nettoyage manuel, lui, participe au maintien du volume de sable et des dunes. Préservant la laisse de mer, il permet aux premiers bourrelets de sable de se former en haut de plage.

En résulte un développement végétal (oyats, chiendent maritime, cakilier, chou marin...) qui renforce progressivement la stabilité et l’engraissement des dunes, remparts naturels face au changement climatique (élévation du niveau de la mer, intensification des tempêtes).

Le nettoyage manuel favorise la biodiversité

Les laisses de mer et dunes associées offrent des habitats naturels pour de nombreuses espèces. La laisse de mer préservée par le nettoyage manuel est en outre à la base d’une chaîne alimentaire vitale pour les multiples animaux de la plage, d’abord les insectes, puis les oiseaux (gravelot à collier interrompu, sterne naine…) qui utilisent la plage comme un espace de reproduction, d’alimentation, de repos et de refuge.

Le nettoyage manuel préserve la salubrité et la tranquillité publiques

Là où le nettoyage mécanique (cribleuse, ratisseuse, lisseuse..) constitue une source de nuisances multiples (émissions de CO2, bruits, circulation d’engins...), le nettoyage manuel préserve parfaitement la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques.

Le nettoyage manuel est plus économique que le nettoyage mécanique

Partout où il est mis en place, le nettoyage manuel s’avère une alternative budgétairement intéressante, car moins onéreuse que le nettoyage mécanique qui suppose des dépenses élevées (investissement, fonctionnement et maintenance des matériels, traitement des matériaux collectés).

Le nettoyage manuel peut faire l’objet de subventions

Des subventions possibles - Agence de l’eau, DREAL (contrat Natura 2000 en site Natura 2000), Départements... - constituent des leviers incitatifs. En réserver l’usage aux actions de sensibilisation et de communication, plutôt qu’au coût de fonctionnement du netoyage manuel, permet de pérenniser la démarche.

Le nettoyage manuel favorise l’emploi, l’insertion professionnelle, la formation

Le nettoyage manuel “en régie” favorise l’emploi (postes créés, consolidés, saisonniers...). Alternativement, des structures d’insertion proposent ce type de prestation aux collectivités. Enfin, des modules de formation (Rivages de France en propose à ses adhérents) permettent d’initier et de perfectionner les agents et les prestataires des collectivités au nettoyage manuel.

Le nettoyage manuel facilite l’identification et le recyclage des déchets

Là où le nettoyage mécanique récupère indifféremment déchets, sable et laisse de mer, rendant leur traitement difficile et coûteux, le ramassage manuel caractérise et isole les déchets anthropiques (déchets endogènes, verre, métaux, bouteilles en plastiques...), favorise le recyclage et la valorisation.

Le nettoyage manuel crée un cercle vertueux avec les citoyens

Il permet de sensibiliser le public à l’environnement et à son respect, de modifier sa perception et ses comportements, d’impliquer les agents et les prestataires et de valoriser leur travail, de favoriser des dynamiques citoyennes (notamment autour des actions collectives bénévoles de nettoyage manuel).

Le nettoyage manuel participe de l’image du territoire et de ses élus

Sa mise en oeuvre et la promotion de ses résultats probants permettent aux élus de communiquer efficacement : en amont, sur les enjeux environnementaux de leurs territoires ; en aval, sur l’efficacité des actions* qu’ils consacrent à leur préservation...

* Parmi ces actions, le nettoyage manuel devient en outre un critère favorisant l’obtention du Pavillon bleu. Ce label véhicule une image positive et dynamique de la commune (dont il valorise les efforts) auprès des résidents et visiteurs, ainsi incités au respect de l’environnement ! Pas anodin quand, selon l’AFIT (Agence française de l’ingénierie touristique), la qualité de l’environnement devient une valeur ajoutée dans le choix de destinations de vacances....

SITE N°1

ASSÉRAC (44)

Le nettoyage ?
Exclusivement manuel et très sélectif !

Au nord de la presqu’île de Guérande, la Baie de Pont-Mahé, bordée par un cordon dunaire protégé, abrite “la Méditerranée de l’Ouest” : une plage de 1,7 km idéale pour les plaisirs balnéaires en famille et un spot incontournable pour planchistes et autres kite surfeurs. Mais aussi un site qui, avec le concours de la Communauté d’agglomération Cap Atlantique, fait l’objet d’une gestion durable par la commune, intégrant un nettoyage exclusivement manuel et sélectif...

Le site • La Baie de Pont Mahé et ses dunes (24 ha propriétés du Conservatoire du littoral) sont classées Natura 2000 :

  • espèces végétales remarquables sur les hauts de plage (renouée maritime, soude brûlée) ;
  • milieux d’intérêt européen sur la plage (végétation annuelle des laisses de mer, dune embryonnaire).

2008/2009 • Le Conseil Municipal signe un Contrat Natura 2000 avec l’État pour protéger la dune du piétinement et permettre son rechargement en sable avec notamment la pose de 1 300 m de ganivelles. S’en suit la mise en oeuvre d’un programme de nettoyage manuel mettant en oeuvre 3 techniques différentes sur des secteurs précis :

  • nettoyage mécanique sur 450 m linéaires (plage “urbaine”, la plus fréquentée) ;
  • nettoyage manuel et sélectif 8 fois/an sur 590 m linéaires, d’avril à août par l’ESAT de Saillé ;
  • zone exempte d’avril à fin juillet sur 320 m linéaires, 2 nettoyages/an en automne et fin d’hiver.

2012 • Signature d’un contrat natura 2000 pour le nettoyage manuel.

Aujourd’hui • Le nettoyage de la plage est exclusivement manuel et sélectif, sauf ramassage mécanique ponctuel suite aux gros échouages d’algues vertes. Malgré le non renouvellement du Contrat Natura arrivé à terme en 2015, la commune poursuit le nettoyage manuel de sa plage.

Le site pilote a pris le bon cap

Concilier fréquentation touristique et sportive de la plage, accrétion dunaire et préservation des habitats (faune et flore) d’espèces protégées ou en voie de disparition sur le site : autant de raisons qui ont plaidé dès 2008 pour l’expérimentation de nettoyage raisonné des plages d’Assérac. Un défi pas simple à relever sur le site, au regard de ses spécificités caractéristiques d’une baie et de ses problématiques : érosion marine importante faute de banquettes de dune embryonnaire, dégradation des milieux dunaires par piétinement...

“En 2009, la possibilité d’être retenu comme site pilote de l’étude conduite par Rivages de France et le Conservatoire du littoral, et le financement à 100 % du nettoyage manuel au titre de Natura 2000 ont été moteurs”, rappellent le maire Guy LE GAL et Philippe DELLA VALLE, chargé de mission Natura 2000 à Cap Atlantique. Pour autant, passé le stade expérimental, le nettoyage raisonné a perduré. Mieux : sans reconduction d’aides Natura 2000, mais conviction faite et volonté politique affirmée, il est devenu aujourd’hui exclusivement manuel et sélectif ! Hormis en cas de “marée verte”...

Située en fond de baie, la plage offre en effet des conditions optimales pour les arrivages parfois massifs d’algues vertes. “On nettoie en régie avec une technique éprouvée : le passage d’une lame déneigeuse ! Le sol étant dur, on ne laboure pas et on prélève un minimum de sable. Les algues ramassées sont évacuées vers une plateforme d’égouttage avant compostage.”

Le nettoyage manuel : tout bon face à l’érosion !

Hors ces épisodes mécaniques ponctuels, le nettoyage manuel et sélectif est l’affaire de l’ESAT de SAILLÉ (Établissement et service d’aide par le travail), permettant à la commune de concilier mission environnementale et coup de pouce à l’insertion sociale, pour un coût maîtrisé (2 500 €TTC/an). L’ESAT diligente 8 à 10 agents placés sous la responsabilité d’un encadrant. Armée de pinces, sacs poubelles et brouettes de plage, l’équipe opère ainsi 8 passages/an sur environ 600 m linéaires et 2 passages/an sur 800 m linéaires.

Plastiques et autres mégots dominent le palmarès des macro-déchets récoltés, mais en moindre volume. “Il y a incontestablement du mieux dans les comportements. La sensibilisation, l’implantation de panneaux et de containers poubelles aux accès de plage, le nettoyage collectif annuel avec les scolaires et les associations... y contribuent. D’autant que les usagers, qui ont bien compris l’intérêt du nettoyage manuel et de la laisse de mer, apprécient de voir la plage prendre un aspect plus naturel... Du mieux également avec les déchets issus de l’ostréiculture et de la pêche (cordes, sacs, filets...) grâce à une sensibilisation des professionnels locaux via leurs syndicats. Quant aux bois flottés et pieux à moules cassés, ils sont ramassés par des partciuliers.”

Les bienfaits collatéraux de la gestion durable et du nettoyage manuel ? “C’est d’abord l’accrétion dunaire, boostée par la pose de ganivelles de 30 à 50 cm de haut et par la fréquentation prohibée des dunes. On constate une évidente reprise végétale, notamment de chiendent des sables et de soude brulée, alors que l’euphorbe n’est pas encore revenue... Tout cela reste fragile, soumis aux coups de vent et aux tempêtes. Mais dans une perspective d’élévation du niveau de la mer, ce système de protection naturelle contre l’érosion remplit son rôle. C’est le meilleur argument en faveur du nettoyage manuel. Nos voisins et collègues de La Turballe sont d’ailleurs en passe de l’adopter !”

MAIRIE ASSÉRAC
15 rue du Pont-Bérin • 44410 ASSÉRAC
Tél : 02 40 01 70 00
info@asserac.frwww.saint-brevin.fr

SITE N°2

SAINT-BREVIN-LES-PINS (44)

Dunes fixées, nettoyage raisonné,usagers responsabilisés !

Au sud de l’estuaire de la Loire, la commune de Saint-Brevin-les-Pins a adopté le nettoyage raisonné et en régie de ses plages, depuis le début des années 2000. S’il subsiste un reliquat de nettoyage mécanique, l’essentiel du nettoyage est manuel. Et alors que bon nombre de plages souffrent d’érosion dunaire, ici, les efforts de fixation portent leurs fruits et la très forte accrétion liée à la proximité de l’estuaire doit même être gérée par évacuation du surplus d’“or blanc”...

Le site • Sur la Côte de Jade, au sud de Saint-Nazaire et à l’ouest de Nantes, Saint-Brevin-les-Pins offre 8 km de plages, dont 5 en défense douce contre l’érosion marine et éolienne + 3 km de plages urbaines en défense lourde.

XIXe siècle • Le sable menace d’envahir l’intérieur de la commune ! La dune mobile et dépourvue de végétation est la proie du vent et des marées. De violentes tempêtes incitent à la plantation massive de pins (d’où le complément d’appellation de la commune).

XXe siècle • De lourds travaux de protection - épis, enrochements, perrés, digues... - se succèdent. Soumis aux aléas climatiques, à la pression urbaine, aux activités et usages non contrôlés, le massif dunaire se dégrade...

Fin du XXe siècle • Sous l’impulsion du Conservatoire du littoral (achat de terrains et expérimentation de fixation dunaire), les élus prennent conscience de l’impératif de fixer le cordon dunaire afin que celui-ci puisse jouer pleinement son rôle de meilleur rempart contre l’érosion. Le nettoyage raisonné, qui y contribue, est adopté...

Fixer la dune et réussir son “plan de plage”... en douceur

“Les efforts de fixation dunaire et de nettoyage raisonné sont acompagnés d’une sensibilisation soutenue de la population, des riverains et des usagers, afin que ceux-ci acceptent d’être davantage canalisés et que les accès aux plages soient mieux gérés”, expliquent Dorothée PACAUD, adjointe à l’environnement et Frédéric LEPAGE du Pôle environnement. Lesquels se déclarent volontiers “adeptes de la conscientisation douce, étape par étape, secteur par secteur, pour que le grand public soit impliqué dans cette action de protection du cordon dunaire, du paysage et de la biodiversité.”

Compromis : plus qu’un mot, un mode de faire... Avec l’approche de gestion douce adoptée et suite aux travaux de fixation réalisés (notamment la pose de ganivelles), le paysage se modifie et les regards changent : “la dune s’est installée et la progression est très rapide : si la nature retrouve son espace de liberté, elle reprend sa place ! Et si une tempête à coefficient élevé entraîne un petit recul de la dune, c’est que celle-ci a bien rempli son rôle de rempart... et elle regagnera progressivement du volume. Bref, nos plages se renaturalisent, chacun peut trouver le site qui lui convient ! Budgétairement, c’est incomparable par rapport aux méthodes de gestion lourdes. Et aujourd’hui, on dispose d’un cadre fantastique. La relative moins-value, c’est que nos accès s’éloignent de la mer !”

La clé du succès ? Le “plan de plage” travaillé par la commune, avec des zones de baignades surveillées ou non et certaines interdites, des aménagements et dispositions spécifiques aux secteurs concernés et aux activités qui s’y déroulent : “L’été, il faut être derrière les professionnels des concessions de plage, sports nautiques et de plage. Il est impossible d’ouvrir ou d’interdire tout, alors on limite les surfaces et le nombre d’engins pour trouver de la place à tous ! En outre , deux médiateurs sillonnent les plages et la police municipale intervient si besoin.”

Les bonnes pratiques du nettoyage motivent celles des usagers des plages

La culture du compromis préside aussi au dispositif de nettoyage raisonné. Adaptation, souplesse et quelques principes en dessinent les contours : en période hivernale, 2 employés municipaux équipés d’un 4x4 assurent l’entretien et les travaux sur les dunes et, le cas échéant, une intervention mécanique et manuelle ponctuelle après les tempêtes ou gros coefficients de marée. En début de saison, puis une fois tous les 15 jours si besoin ou selon les manifestations estivales, les 4 plages surveillées les plus fréquentées font l’objet d’un passage du tracteur-goémonier ou de la cribleuse. La quantité de bois flotté est négligeable et le goémon ramassé est épandu sur un terrain municipal. “Sinon, tout est strictement manuel : à partir d’avril , 1 passage hebdomadairee est assuré par 2 employés saisonniers ; en juillet et août, ce sont 3 équipes de 2 saisonniers, encadrées par un permanent, qui interviennent au quotidien. Et la commune soutient les initiatives de nettoyage collectif par les scolaires, associations, clubs de véliplanchistes et kite surfeurs, pêcheurs au carrelet...”

Les bonnes pratiques des usagers progressent, encouragées par l’implantation d’un panneau et d’une poubelle aux 69 entrées de plage ; une à deux poubelles positionnées sur la plage même, dans l’intervalle entre chaque accès ; des points de collecte sélective sur les plages surveillées ; 8 bacs à marée en période hivernale... “La collecte de macrodéchets n’augmente pas, les usagers déposent davantage leurs déchets dans les poubelles. Néanmoins, on récolte encore des plastiques (55 %), des mégots (25 %), du matériel de pêche (7 %), du polystyrène (7 %, des canettes métal (4 %), du verre (2 %). Et on déplore toujours certains comportements nocturnes et leurs stigmates : résidus de feux bordés de verre cassé et détritus...”

Côté biodiversité, la flore endémique de la dune a besoin de vivre. “Plus celle-ci a été fixée, plus on limite en habitats. L’œillet des dunes, par exemple, a besoin d’être bousculé ! S’agissant de la faune, la nidification du gravelot à collier interrompu est avérée, lapins, huppes fasciées, engoulevents d’Europe ou encore renards ne boudent pas le site !” L’exemple de Saint-Brevin-les-Pins ne laisse pas indifférent : le pavillon Bleu flotte sur trois de ses principales plages et, “tant en ce qui concerne la fixation des dunes que le nettoyage raisonné, des communes alentour et les services de l’État ont embrayé, en considérant nos bonnes et moins bonnes expériences ! Le secret de nos progrès ? Être patient, observer, y aller lentement, apprendre à bien connaître la dynamique naturelle de son site...“

MAIRIE DE SAINT-BREVIN-LES-PINS
Hôtel de Ville • 44250 Saint-Brevin -les -Pins
Tél : 02 40 64 44 44 • 06 77 79 74 61
flepage@mairie-saint-brevin.frwww.saint-brevin.fr

SITE N°3

LA FAUTE-SUR-MER (85)

De l’expérimentation à la généralisation du nettoyage manuel

2009 : La Faute-sur-Mer engage une expérimentation (réussie) de nettoyage raisonné sur ses 10 km de plage. Survient la tempête Xynthia en février 2010, avec son dramatique bilan humain, matériel et environnemental. Amer constat de la fragilité du cordon dunaire, de la pression humaine exercée par l’urbanisme et le tourisme, du bouleversement de la biodiversité. Et raison de plus pour conforter puis systématiser le nettoyage manuel, qui participe aujourd’hui à la gestion durable du trait de côte...

Le site • Presqu’île de 10 km de plages sableuses bordées de dunes, incluant en partie la Réserve naturelle nationale “La Belle Henriette”. Espèces protégées : gravelot à collier interrompu, pélobate cultripède, oeillet de franc, chardons...

2009 • 1re année d’expérimentation de nettoyage raisonné avec Mairie, ONCFS, Parc du Marais poitevin, ONF, Conservatoire du Littoral. La collecte des déchets est organisée en trois zones :

  • mécanisée sur plages très fréquentées ;
  • manuelle et sélective sur zones à fort enjeux écologiques ;
  • aucune de mai à juillet, manuelle hebdomadaire en août et septembre, sur plages à très fort enjeux biologiques

Communication : articles, panneaux d’information, distribution de prospectus et de 20 000 sachets de récupération des déchets aux entrées des plages, exposition en mairie (2 221 visiteurs de mi-juillet à mi-août).

2010 • Signature d’un contrat Natura 2000 (5 ans - 42 217 €) pour le nettoyage manuel réalisé par un chantier d’insertion (3 agents + 1 chef d’équipe formé) assurant 15 passages/an de nettoyage manuel élargi (juillet-août : hebdomadaire - juin et septembre : 2 passages/mois - 3 passages d’avant saison : mars, Pâques, mai).

2011 • Développement du nettoyage manuel sur 9,5 km de plages. Nettoyage mécanisé concentré aux 4 accès. Nettoyage repris en régie par la commune, avec interventions quotidiennes sur l’ensemble des plages (accès et dunes) et embauche de jeunes saisonniers fautais.

2012 • Pour le transport des déchets en bas de plage, les équipes sont dotées d’un quad léger et bénéficient du renfort de l’âne Rocambole, “agent de communication” deux fois/semaine en saison. Le nettoyage manuel permet une économie annuelle de 15 600 € (carburant + frais d’entretien + exutoire des matériaux collectés).

2013 • Poubelles de plages retirées. Points de collecte des déchets aux principaux accès.

Aujourd'hui • Nettoyage manuel généralisé sur l’ensemble des plages. La cribleuse n’est plus utilisée. Nouveau contrat Natura 2000 en instance de signature.

Après Xynthia, consolider le système plages/dunes

Pour la commune, les plaies de Xynthia restent vives et les chiffres têtus et cruels : 27 % du territoire détruit , - 27 % de recettes fiscales, - 22 % de budget global ! Pour autant, la dynamique de nettoyage manuel impulsée est confortée et un contrat Natura 2000 signé en 2010 avec 3 grands objectifs :

  • restaurer et pérenniser la fonction biologique des plages (laisses de mer et espèces protégées) ;
  • assurer le fonctionnement du système plages/dunes en tant qu’outil de protection face à la mer ;
  • informer le public afin de concilier fréquentation touristique et intégrité biologique des plages.

“Année par année, nous avons étendu et amélioré le nettoyage manuel, jusqu’à le systématiser sur l’intégralité des plages”, expliquent Bernard LECLERC, maire-adjoint et Jean-François ÉTIENNE, directeur des services municipaux. “Les plages très touristiques surveillées font depuis 2016 l’objet d’un nettoyage quotidien en été, hebdomadaire en demi-saison (fin mai/début juillet et septembre). Sur les autres secteurs, on programme des opérations ponctuelles deux fois/an avant la saison, fin mars/ début avril et fin mai/début juin.”

1 agent, 2 saisonniers, 1 quad...

La commune a opté en 2011 pour le nettoyage manuel en régie, jugé plus économique et souple en management que le chantier d’insertion initial. La collecte manuelle et sélective est confiée à Éric GOUYER, responsable des plages aux services techniques, qui y consacre 20h/semaine. “C’est un élément moteur, allant au-delà de notre demande. On lui doit des aménagements en bois qui confèrent à nos plages une petite touche de confort naturel. L’été, il est assisté par 2 saisonniers, des adolescents fautais, ravis de se faire un petit pécule utilement : on reçoit plus de 40 CV pour ces postes !” Côté logistique, la cribleuse a disparu, et les équipes n’utilisent plus qu’un quad (remplacé tous les 3 ans) pour le transport des déchets. Voire, comme en 2012/2013, le baudet du Poitou Rocambole, aussi têtu qu’excellent “agent de communication” pour promouvoir le nettoyage manuel et sensibiliser au respect de l’environnement...

Le public sensibilisé, mais l’incivilité perdure

La sensibilisation porte progressivement ses fruits. “Le public a compris l’utilité de la laisse de mer et l’accepte, d’autant qu’il ne s’agit ni d’algues vertes et que nous n’enregistrons pas de pics d’échouages volumineux ! Mieux, plusieurs dizaines de fautais se mobilisent volontiers lors de nos opérations de nettoyage collectif, des moments écocitoyens et conviviaux utiles en avant-saison. En outre, depuis 2014, nous avons installé 8 bacs à marée.” Par contre, les comportements négligents et les incivilités perdurent en saison, en témoignent les macro-déchets récoltés quotidiennement. “Nous avons déjà supprimé les poubelles à pique-nique pour inciter les gens à repartir avec leurs déchets. Il n’y a pas de raison pour que cela ne marche pas aussi pour les plages !”

Si c’était à refaire ?

“Nous n’avons pas l’impression d’avoir fait un gros effort ! Or, la dune avance, elle est hyper dynamique, les plantes y sont bien présentes. Les résultats sont visibles et concrets, en atteste le suivi faune/flore en lien avec la réserve naturelle (la LPO) et d’autres gestionnaires (ONCFS, PNR du Marais poitevin).”

Mairie LA FAUTE-SUR-MER
Place de la Mairie • 85460 la Faute -sur-Mer
Tél. : 02 51 97 19 20 • Fax : 02 51 97 09 80
mairie@lafautesurmer.frwww.lafautesurmer.fr

SITE N°4

LEUCATE (11)

Le nettoyage manuel mis à pied...
et à cheval sur la propreté !

Le nettoyage raisonné est entré en vigueur en 2009 à Leucate. Il est exclusivement manuel et sélectif sur deux de ses plages emblématiques : la Franqui (une des plus belles de France) et les Coussoules (spot du Mondial du Vent). Avec des résultats probants pour leur sable fin auparavant mis à mal par les assauts conjugués et destructeurs de la cribleuse et de la tramontane, et encore aujourd’hui par l’incivilité de certains usagers ! Mais à pied ou à cheval, le nettoyage avance, la propreté progresse...

Le site • Au sein d’un site Naturel 2000, du Parc naturel régional de la Narbonnaise et du Parc marin du Golfe du Lion, la plage de la Franqui (1 200 m) est la plus ancienne station du littoral régional, popularisée par Henri de Monfreid (natif du village éponyme). Classée parmi les plus belles plages de France, elle donne accès à celle des Coussoules : 8 km de sable fin prisés par les fans de char à voile, kitesurf, windsurf, speed sail... et célèbre spot du “Mondial du Vent” annuel

Avant 2009 • Nettoyage exclusivement mécanique sur l’ensemble des plages de Leucate.

2009 • Expérimentation du nettoyage raisonné sur les plages de Leucate, manuel et sélectif sur celles de la Franqui et des Coussoules (avec création de 2 emplois saisonniers). Une enquête destinée à évaluer la perception du dispositif par les usagers révèle que plus de 90 % d’entre eux y sont favorables.

2009-2014 • Les opérations de nettoyage manuel (quotidiennes en saison, ponctuelles hors saison) sont confortées et pérennisées. Des actions de nettoyage collectif sont également organisés par la mairie et différents acteurs locaux

2015-2016 • Jusqu’alors assuré par des tracteurs, le ramassage des poubelles installées sur la plage et le front de mer est confié à un acteur privé, équipé d’un attelage tracté par “Petit Sultan”, un cheval trait comtois : gros succès auprès des vacanciers et des habitants.

Le nettoyage ne roule plus des mécaniques !

“Depuis 2009, plus de cribleuse systématique : en été, on ne la passe plus qu’une fois, fin juillet/début août. Sinon, on ramasse exclusivement de façon manuelle et sélective : quotidiennement en saison à la Franqui, et ponctuellement aux Coussoules”, confirment Philippe DESLOT, adjoint à l’environnement et au développement durable et Nicolas GUILPAIN, chef du service Environnement. Un changement motivé par la préservation de ce joyau écologique, mais “pas que” : “le nettoyage mécanique fragilisait et amaigrissait la plage. La tramontane faisant un tri méticuleux, le sable fin repartait en mer... Il fallait donc modifier le processus pour ne plus favoriser ce départ de sable.”

Le nettoyage mécanique est toutefois toléré une autre fois, chaque année en avril, à l’occasion du Mondial du Vent : une compétition internationale qui, pendant une semaine, rassemble l’élite des sports de glisse et de vent et quelque 150 000 spectateurs. “Là, on s’autorise à repasser la cribleuse pour préparer les aires d’atterrissage et de décollage, ça représente un petit secteur de 500 m².”

Avec cette gestion de plage en continuité logique d’autres actions environnementales menées par la collectivité, le nettoyage ne roule donc plus des mécaniques ! Nulle raison de le regretter vu les bénéfices engrangés :

  • une logistique facilitée : la Franqui étant séparée des autres plages de Leucate par un sepace naturel de plus de 1 000 ha , infranchissable en cribleuse, celle-ci devait faire un détour de 9 km sur une route départementale. Résultat : moins de temps perdu, d’usure et de frais de matériel, au profit d’un nettoyage manuel aussi vite fait, mieux fait et à moindre coût !
  • L’élimination des nuisances pour les riverains : plus d’émissions de CO2 ni de concertos pour cribleuse en “vroum vroum” et “bip bip” majeurs dès 6 h du matin...
  • Une image plus nature pour cette destination touristique très familiale.
Bois flotté, macro-déchets et “laisse” de l’équidé...

Le nettoyage manuel préserve la laisse de mer, laquelle représente localement peu de volume et sur une portion réduite de plage. S’agissant des bois flottés, leur destin est scellé en fonction de leur diamètre : “Les plus fins restent sur la plage. Par contre, on ramasse ponctuellement ceux qui font plus de 3 ou 4 cm de diamètre. Ils sont évacués sur les hauts de plage et récupérés pour alimenter un circuit court de bois de chauffage.”

Le nettoyage manuel a surtout permis d’attaquer de façon sélective les cibles prioritaires : les macro-déchets - dominants sur la plage en l’absence de marée - abandonnés ou enfouis par les usagers ! En été, les nettoyeurs ramassent encore quotidiennement quantités d’emballages, couches, mégots, restes de pique-nique... “On a bien tenté de sensibiliser via des panneaux installés aux entrées de plage, un stand implanté trois ans de suite à Port Leucate... sans grand succès. L’être humain a encore beaucoup de progrès à faire en matière de respect de l’environnement !”

Ce qui mobilise bien, ce sont les actions ponctuelles de nettoyage collectif, organisés par la mairie, l’Association des amis de la Franqui, le club local de kitesurf, le Parc naturel régional... Ou encore, depuis 2015, le ramassage écologique des poubelles de plage par le cheval “Petit Sultan”... même s’il s’est trouvé quelques râleurs pour s’émouvoir du risque potentiel de “laisse” de l’équidé !

Bref, voyants au verts pour le nettoyage manuel sur ces plages - et peut-être à terme sur 1 000 m supplémentaires à la plage naturiste - de Leucate.

Mairie LEUCATE
Hôtel de Ville • 34 rue du Docteur Sidras
Tél. : 04 68 40 59 18 • 04 68 40 44 36 environnement@mairie-leucate.frwww.leucate.fr

SITE N°5

PORTIRAGNES (34)

Le nettoyage manuel a de l’avenir au-delà de la Grande Maïre

Bordant l’extraordinaire site Natura 2000 de “la Grande Maïre”, géré par l’Agglomération Hérault Méditerranée, 1 km linéaire de plage à Portiragnes fait depuis 2010 l’objet d’un nettoyage manuel et sélectif par la commune. Structuration et végétalisation dunaires en progrès sur un secteur sujet à érosion : le succès est tel que la démarche gagne progressivement en influence et en étendue...

Le site • 1 km de plage à Portiragnes, bordant le site de la grande Maïre, vaste zone humide Natura 2000 propriété du Conservatoire du littoral. 14 habitats d’intérêt communautaire, 38 espèces classées dans la directive Oiseaux, des reptiles, chauves-souris, lapins de garenne...

2010 • 1re année expérimentale en “site pilote” : nettoyage exclusivement manuel, 2 820 litres de déchets collectés (½ tonne) et une économie (plus de 4 000 €) réalisée par rapport au nettoyage mécanique.

2011 • Poursuite du nettoyage manuel avec signature d’un contrat Natura 2000 de Préservation et restauration des milieux dunaires et de la laisse de mer. 3 personnes assurent le nettoyage manuel et sélectif de la plage (2 250 litres - 300 kg), la pose de monofils, ganivelles et panneaux d’information :

  • large partie de plage nettoyée quotidiennement en haute saison et ponctuellement le reste de l’année ;
  • l’autre partie de plage fait l’objet d’un nettoyage hors période de nidification du gravelot à collier interrompu (d’avril à juillet), quotidien en août, hebdomadaire en septembre et ponctuel le reste de l’année.

Depuis 2011 • Les opérations de nettoyage manuel sont confortées et pérennisées, des essais de développement tentés au regard des résultats positifs face à l’érosion côtière. Les passages mécaniques restants se font sur le bas de plage et lors d’échouages volumineux de bois flotté en saison.

2016 • Signature à Portiragnes de la Charte Natura 2000 du site de la “Grande Maïre” entre l’État, l’Agglomération Hérault Méditerranée et les différents acteurs locaux (pêcheurs, chasseurs et agriculteurs).

Essayer le nettoyage manuel, c’est l’adopter... et l’étendre ?

C’est en tout cas en progrès à Portiragnes, ce que confirment Frédéric PIONCHON, adjoint à l’eau, l’assainissement et la coordination de projets aménagement, et Julien AZEMA, garde du littoral, chargé de mission biodiversité-espaces naturels et Natura 2000 au service Environnement de l’agglomération : “L’expérimentation initiale a été confortée sur la Grande Maïre et progresse ailleurs : depuis 2 ans, on a réduit de moitié les passages de cribleuses sur d’autres portions de plage (10 passages/an contre 20), qu’on assortit de nettoyage manuel ,avec des résultats très positifs en termes de moindre érosion côtière”.

Jusqu’à envisager de l’étendre à la plage urbaine ? “On est sur des zones à érosion, aggravée par le tamisage qui déstructure la plage et prélève majoritairement la laisse de mer, du sable, des coquillages, du bois flotté... contre 1/10e de déchets réels. L’important est que l’idée du développement du nettoyage manuel fasse son chemin sans doléances des usagers des plages. J’espère qu’on arrivera à terme à étendre le nettoyage manuel sur 200 à 300 m supplémentaires !

Quand Dame Nature sensibilise au nettoyage plus respectueux...

En y mettant sa goutte d’eau, son grain de sable ou son souffle de vent, Dame Nature peut s’avérer la précieuse complice d’un nettoyage plus respectueux : “Lors d’un épisode de crues de l’Orb et de l’Hérault, on a laissé les débris de bois pendant toute la saison hivernale. Ça a incontestablement boosté l’accrétion dunaire et le développement d’une végétation embryonnaire. C’est précieux pour développer la protection mécanique de la dune lors des coups de mer.”

Autre exemple, tout aussi révélateur : “il y a 4 ou 5 ans, on a tamisé par erreur sur la zone de nettoyage manuel. Le mistral s’est levé et pendant plusieurs jours, ça a été l’enfer, une tempête de sable qui, rendu très volatil par le nettoyage mécanique, volait partout... La plage “propre”, au sens touristique du terme, c’est bien joli, mais ça ne tient pas face à la réalité : sans sable, plus de plage, donc plus de tourisme ! Alors, tout ce qui peut conforter le budget sédimentaire de la plage face à l’érosion est à saisir.”

La valeur ajoutée de la qualité environnementale

Bien sûr, tout n’est pas idyllique avec le nettoyage manuel, difficile et exigeant : “C’est plus compliqué de ramasser et de traiter sélectivement les macro-déchets, les innombrables mégots de cigarettes... Faudra-t-il en arriver à décréter les plages “non-fumeur” ?! On travaille à 2 ramasseurs plus 1 autre saisonnier qui fait le tri sélectif en fin de collecte. Écologiquement et économiquement, c’est plus intéressant que le tamisage, même si on est plutôt dans une démarche de meilleure utilisation du budget de nettoyage, dans le cadre d’une approche plus environnementale.

Côté sensibilisation, des actions diverses sont mises en oeuvre, en et hors saison : découvertes du site Natura 2000, nettoyage collectif avec les chasseurs sur des zones ciblées... “L’été, on essaie de communiquer un peu avec les usagers, mais la plupart ne voient pas le travail effectué tôt le matin. Et certains n’hésitent pas à brandir leurs doléances, dès lorsqu’on ne ramasse plus la laisse de mer et le bois flotté et qui trouvent ça sale... D’autres adorent, comme ce pêcheur depuis plus de 40 ans à Portiragnes qui, connaissant les vertus de notre démarche pour la plage et sa biodiversité, juge que “c’est vraiment bien de procéder comme ça et qu’on aurait dû le faire depuis plus longtemps !”.

AGGLOMÉRATION HÉRAULT MÉDITERRANÉE
ZI le Causse • 22 avenue du 3e Millénaire
34 630 SAINT-THIBERY
Tél. : 04 99 47 48 72
j.azema@agglohm.net
www.agglo-heraultmediterranee.net

SITE N°6

LE GRAU DU ROI (30)

Nettoyage lucide et exigeant,
résultats rapides et probants

L’Espiguette, immense plage et extraordinaire complexe dunaire d’une grande richesse végétale, reste un milieu fragile qui subit une érosion marine accélérée. En 2012, la commune du Grau du Roi et le Syndicat Mixte de la Camargue Gardoise lançaient la réhabilitation du site. L’occasion d’initier le nettoyage des plages “manuel à pied”, plus écologique et plus économique, avec de spectaculaires résultats aujourd’hui en termes d’accrétion dunaire et de développement de la biodiversité...

Le site • Site NATURA 2000 classé Grand Site de la Camargue Gardoise, lE’ spiguette est une plage de 13 km, issue de l’accumulation de sédiments du Rhône. L’été, 7,5 Km de plage accueillent jusqu’à 8 000 usagers/jour. 2 gardes du Littoral assurent la surveillance et l’entretien l’été depuis 2003.

Avant 2012 • Nettoyage effectué par 2 tracteurs avec herse et lisseuse. Coût d’achat de la lisseuse : 50 000 €.

2012 • Le nettoyage manuel des plages à pieds remplace le “mécanisé”. Le retrait des machines et l’économie réalisée permettent de créer 2 emplois saisonniers.

2012-2016 • Le nettoyage à pieds, un bénéfice sur l’année : le ramassage à ’lépuisette a entrainé un nettoyage en profondeur du site. Les mouvements des barkhanes ne découvrent que rarement les dépôts de déchets anciens.

2013 • De la plage naturelle à la plage ‘’sauvage’’ : en mars, 2 tempêtes modifient le trait de côte. Mise en place de la plage sans poubelles sur la zone naturiste, avec un gros effort de communication.

2014-2016 • Des changements visibles, un espace prend vie. : l’intégrité de la laisse de mer et la présence des bois flottés ont étendu rapidement la végétation sur une vaste partie du site, créant un embryon de cordon dunaire en milieu de plaine. La canalisation des usagers évite le piétinement, multipliant les observations, notamment de Gravelots.

De l’organisation, des emplois de saison et de la motivation

8 accès à la plage sur 12 fermés, le nettoyage mécanique (cribleuse ou lisseuse et herse montées sur 2 tracteurs) abandonné, le nettoyage manuel à pieds adopté sur 8 km de linéaire côtier : excusez du peu ! Sensibilisation à l’appui, l’opération a séduit les usagers de la plage : il faudrait être difficile pour ne pas apprécier la disparition des nuisances, la réduction de la pollution, l’aspect plus naturel de la plage ! Qui plus est, souligne Loïc PETEGNIEF (un des deux gardes du littoral, agents du Pôle espaces naturels de la commune), “l’abandon du nettoyage mécanique a permis de réaliser une substantielle économie* et de créer d’abord 2, puis 3 emplois saisonniers sur deux mois et demi.
* Le nettoyage mécanique représentait une dépense annuelle de 15 000 € contre 6 800 € pour 2 emplois saisonniers.

Les armes des nettoyeurs ? Bon pied, bon oeil, une pince et uneé puisette du commerce, un sac poubelle et un 4x4 ! Ajoutons-y un tracteur et sa remorque pour récupérer les nettoyeurs et leur récolte, et aussi collecter et remplacer les sacs des poubelles qui, tous les 150 m, balisent la plage. Organisation huilée, acteurs efficaces, mais le travail reste exigeant : “Il y a les contraintes d’environnement, la météo estivale, les horaires (dès 5 h du matin, pour 3 à 5 heures d’arpentage), l’attention en alerte sur les macro-déchets (mégots, bâtons de sucettes...). Il faut être motivé !”

Avec la collecte “select”, la propreté inspire le respect

Et cela paie à l’Espiguette, plage peu profonde où le lissage s’avère important : “Au début, on ramassait quantités de vieux déchets, du verre poli par le sable... Aujourd’hui, un sac de 150 L suffit à la collecte quotidienne : des détritus et matériaux légers de l’année, qui pourraient prendre place dans la poubelle jaune. On a réussi à nettoyer en profondeur !”

Avec une probable incidence en termes de modification des comportements - plus respectueux - des usagers...

En effet, depuis 2003, tout le monde connaît Natura 2000 et apprécie les efforts entrepris sur le site, dès l’arrivée sur le parking. “On est sur un quartier résidentiel, avec un camping en régie semi-privée, 2 paillotes, 4 à 5 promenades à cheval, autant d’activités de kite surf... Et tout le monde joue le jeu, car pour tous, la propreté inspire le respect.

Le nettoyage manuel ? La végétation et l’avifaune lui disent merci !

De petites taches de végétation liées à la préservation de la al isse de mer et des bois flottés, on est passé à des reliefs plus importants où s’épanouissent oyats et roquette de mer. “Ces parcelles végétalisées et progressivement connectées offrent de nouveaux habitats et composent aujourd’hui un cordon dunaire embryonnaire en milieu de plage, parallèle à celui déjà existant en constante accrétion et de plus en plus végétalisé.”

Autant de nombreuses et nouvelles zones refuges pour les limicoles du littoral : gravelot à collier interrompu, huitrier-pie, bécasseaux... ne boudent pas leur plaisir de se sustenter sur la laisse de mer aux premières heures du jour, avant de rejoindre des zones plus reculées à l’arrivée des usagers de la plage...

Est-il nécessaire de préciser que le “Pavillon Bleu” flotte fièrement sur l’Espiguette, plus grande plage du Grau du Roi. En 2017, la commune élargit le nettoyage manuel sur d’autres plages : Rivages de France suivra ces nouvelles expérimentations sur des plages très fréquentées...

Mairie Le GRAU-DU-ROI
1, place de la libération • 30240 Le Grau -du-Roi
Tél: 04 66 73 45 45 • Fax : 04 66 73 45 40
loic.petegnief@gmail.comwww.ville-legrauduroi.fr

Remerciements aux élus et agents techniques des organismes du groupe de travail “Nettoyage des plages” piloté par Rivages de France, ainsi qu’à ceux des communes pilotes présentées dans ce document :

> Communes : Assérac, La Faute-sur-Mer, Fouras, Portiragnes, Leucate, Le Grau-du-Roi, Saint-Brevin-les-Pins, Saint-Georges-de-Didonne

> Intercommunalités : CAP Atlantique, Royan Agglomération, Communauté d’agglomération Hérault méditerranée, PNR du Marais poitevin

> Opérateurs publics : Conservatoire du littoral, EID Méditerranée, Office national des forêts

> Associations : Les amis des marais du Vigueirat, Rivages propres

Crédits photos : mairies de La Faute-sur-Mer, Assérac, Le Grau du Roi, Leucate, Portiragnes, Saint-Brevin-les- Pins ; Communautés d’agglomération Hérault Méditerranée et Cap Atlantique ; LPO ; EID Méditerranée ; Rivages de France ; Éric Dougé Communication...

Animation du groupe de travail - Coordination du projet : Florian Geffroy, directeur de Rivages de France
Conception-rédaction : Éric Dougé Communication • Tél. 06 81 08 15 08 • eric.douge@gmail.com
Création graphique : Cobalt Communication • Tél. 02 51 41 25 52 • contact@cobaltcom.com

Réalisé avec le soutien du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer